Vous est-il déjà arrivé de faire imprimer des photos et d’être déçu par le résultat ? Avoir dépensé du temps et de l’argent pour préparer un livre photo d’un beau voyage, et avoir entre les mains des photos ternes, trop sombres ou au contraire trop blanches ? c’est très décevant.
Cet article fait partie du guide « De la prise de vue à l’impression : guide des couleurs fidèles »
Aujourd’hui la majorité des amateurs confient leurs travaux d’impression à des labos à distance, sans accès à un interlocuteur humain à qui l’on puisse montrer ses photos et discuter des éventuelles difficultés de tirage.
Alors pour éviter de grosses déceptions, autant comprendre d’où viennent les problèmes, et suivre une procédure précise pour préparer correctement ses photos avant impression et avoir un rendu fidèle.
Pourquoi les tirages de vos photos ne sont pas toujours fidèles à ce que vous avez vu ?
Mais qu’est-ce qu’un rendu fidèle ? Fidèle à quoi ? A ce que j’ai vu lors de la prise de vue ? A ce qui était affiché sur l’écran de mon boitier ? sur celui de mon ordinateur ? Chacune des étapes qui nous permet de passer d’une scène en face de nous à sa photo imprimée, résumées dans le schéma suivant, introduit ses propres limitations techniques.

Il y a 3 limitations essentielles à prendre en compte :
Limitation n°1 : la dynamique lumineuse
La dynamique d’un paysage, c’est-à-dire l’écart entre les plus hautes et les plus basses lumières peut dépasser les 24 stops. Chaque stop correspond à un doublement de l’intensité lumineuse (ou un diaph ou 1 EV en langage photographique). Celle d’un papier ne dépasse pas 5-6 : les blancs ne sont jamais purs, limités par la blancheur du papier, et les noirs ne sont jamais complètement noirs. La différence est donc considérable.
Limitation n°2 : la quantification
Le spectre lumineux est continu. Il y a une réelle infinité de valeurs de luminosité et de nuances de couleurs possibles. Une couleur est définie par sa longueur d’onde, pas par un mélange d’autres couleurs.
Pour coder ces valeurs on est contraint de découper cette infinité en paliers, en niveaux qui sont en nombre finis, discrets. Plus le nombre de niveaux, c’est-à-dire le nombre de bits d’encodage, est grand, plus la description sera précise. Avec 8 bits, on a 256 niveaux possibles seulement et la valeur 127,3 n’existe pas. C’est ou 127 ou 128. Ces limitations sont responsables par exemple des effets de « banding » visibles dans les dégradés, des artefacts dus à la compression.
Limitation n°3 : la couleur et le mode de fonctionnement du capteur

La couleur : Notre œil ne voit qu’une toute petite partie du spectre électromagnétique, entre 380 et 700 nm. Nous interprétons les couleurs de notre environnement en superposant les signaux reçus par les 3 types de cônes de notre rétine, sensibles majoritairement au rouge, au vert ou au bleu.
L’appareil photo doit reproduire la perception humaine de cette scène. Son capteur n’est sensible qu’à l’intensité lumineuse, pas à la couleur.

Pour reconstituer celle-ci on utilise des filtres rouges verts et bleus, qui miment du mieux possible le fonctionnement de nos cônes. Ces filtres sont assemblés en matrices de Bayer ou Xtrans placées devant le capteur. Ces signaux R, V et B sont enregistrés sous format numérique dans le fichier raw.
La couleur est littéralement calculée par un logiciel lors de l’étape de dématriçage. Cette valeur doit être utilisée par l’écran du boitier et celui de l’ordinateur, qui ont chacun leurs limitations techniques, pour produire une image visible. Cette valeur est également utilisée par le logiciel de post traitement pour ajuster l’image. Elle est enfin modifiée avant d’exporter une image qui soit imprimable, c’est-à-dire qui tienne compte des limitations techniques de l’imprimante, des encres et du support papier ou autre.
A chaque étape, la gestion des couleurs et de la dynamique est critique.
Avant de voir ces étapes en détail, un bref rappel de vocabulaire.
Un peu de vocabulaire
Espaces et profils colorimétriques
Les termes d’espaces et de profils colorimétriques portent souvent à confusion.
La différence tient à leurs fonctions :

Un espace colorimétrique est comme un territoire délimité. Il définit la gamme complète des couleurs possibles dans un système donné. Par exemple, L*a*b* (souvent écrit Lab par commodité), Rec2020, Prophoto, Adobe RGB98 ou sRVB, sont des espaces avec des frontières différentes. Les espaces sont indépendants du matériel. DCI-P3 est un espace colorimétrique compris entre le sRVB et le RGB98, très utilisé par Apple (variante display P3). Le Rec.2020 est particulièrement important pour le travail HDR et la vidéo professionnelle.
On représente souvent les espaces colorimétriques en 2D comme ci-contre mais ce sont des espaces tridimensionnels comme représenté ci-dessous.

Par définition l’espace colorimétrique L*a*b* est celui de la vision humaine. C’est l’ensemble des couleurs (teinte saturation et luminosité) que nous pouvons théoriquement voir. Il a été défini par la Commission Internationale de l’Eclairage (CIE) sert de référence aux autres espaces. Les couleurs y sont définies par des coordonnées (CIE XYZ) et donc codées sous forme numérique.
Un profil colorimétrique est quant à lui obligatoirement associé à un matériel spécifique (appareil photo, écran, imprimante, scanner). C’est un traducteur. Il indique comment une valeur numérique codée dans l’espace LAB doit être interprétée et traduite pour afficher, imprimer une couleur.
Par exemple, si dans une photo en format raw il y a un bleu très saturé et lumineux que votre écran n’a pas la capacité d’afficher, il n’y aura pas un « trou » à la place. L’écran affichera un bleu qui sera le plus proche possible de la valeur LAB codée dans le fichier raw. Cette conversion est faite par le profil ICC de l’écran. Ce profil lui est propre. Si vous avez deux écrans, ils ont chacun un profil ICC et ils n’interprètent pas nécessairement la même valeur Lab de la même manière. Calibrer un écran sert à rapprocher au mieux les valeurs affichées des valeurs Lab.
Encore une confusion possible : on parle aussi de profil, sans plus de précision en général, pour parler des profils de dématriçage.
Le profil de dématriçage (ou profil caméra) n’est pas un profil au sens ICC du terme. C’est plutôt une recette de développement, un ensemble d’instructions de traitement qui indique au logiciel (lightroom, camera raw, DXO, capture one…) comment traduire en image visible les données numériques (chiffres et lettres) du capteur.
Ce profil applique une balance des blancs, effectue des corrections de couleur et de contraste, et il gère le bruit et la netteté. A partir d’un même fichier raw, on peut utiliser plusieurs profils de dématriçage. Chacun donne une traduction du fichier numérique plus ou moins contrastée, lumineuse, saturée. Aucune n’est « vraie ». L’utilisation d’un profil de dématriçage n’est que la première étape du développement. C ‘est une base. On choisit en général le profil de dématriçage qui donne une image la plus proche de la perception et du souvenir que nous avons de la scène photographiée et/ou du rendu final souhaité.
Deux autres articles pour assimiler les notions d’espaces et de profils colorimétriques :
Comprendre les différents espaces colorimétriques
Espaces et profils colorimétriques – comprendre la différence avec une analogie entre la lumière et le son, le photographe et le musicien.
Gamut

Le gamut est l’ensemble des couleurs qu’un dispositif permet de reproduire.
Il peut notamment s’agir d’un appareil photographique, d’un scanner informatique, d’un écran d’ordinateur, d’un rétroprojecteur, d’un vidéoprojecteur, d’un procédé d’imprimerie ou d’une imprimante.
Le terme est un mot anglais issu du vocabulaire musical médiéval : les notes de musique étaient notées par des lettres (et le sont toujours dans la notation anglo-saxonne), puis furent notées par des noms dans la notation italienne ; la lettre grecque gamma (Γ) désignait le sol le plus grave, et ut le do le plus aigu. « gamma–ut » était donc l’étendue des notes jouables, ce qui donna « gamut ».
Luminance et luminosité
La luminance est une mesure objective exprimée en candela par mètre carré, cd/m², (ou nits chez Apple), tandis que la luminosité est une perception subjective.
Quand on ajuste le rétroéclairage d’un écran, on modifie sa luminance, qui influence notre perception de luminosité.
Température de couleur
La température de couleur est une mesure qui décrit la teinte de la lumière émise par une source lumineuse. Elle est exprimée en kelvins (K) et permet de déterminer si une lumière est chaude (teintes orangées, autour de 2000K-3000K) ou froide (teintes bleutées, au-delà de 5000K). En photographie, comprendre la température de couleur aide à ajuster les réglages de l’appareil pour capturer des images avec des couleurs naturelles et équilibrées.
📌 À retenir
- La dynamique lumineuse est compressée :
Ce que vos yeux perçoivent dépasse largement les capacités d’un papier. Les noirs sont moins profonds, les blancs moins éclatants. - La quantification est imparfaite :
Les couleurs et lumières sont codées en paliers (8 ou 16 bits), ce qui peut entraîner des pertes de finesse, notamment dans les dégradés. - La couleur est une interprétation, pas une reproduction directe :
L’appareil photo, l’écran, le logiciel et l’imprimante traduisent chacun à leur manière les couleurs. Seule une gestion rigoureuse des profils colorimétriques permet de rester fidèle à la scène initiale.
Pour imprimer ses photos comme un pro, il faut comprendre où et comment les distorsions apparaissent… pour mieux les corriger !
Suite…
Pour respecter la fidélité des couleurs il est important de calibrer son matériel en commençant par le boitier.
Bjour,
Très intéressant tout ceci, voilà un souci que je n’arrive pas à comprendre..
Lorsque je veux exporter une photo traitée de photoshop, celle ci s’affiche avec des couleurs différentes trop saturées alors que sur mon écran du portable tout est impecc…
Il me faut alors pour avoir la photo avec les bonnes couleurs l’envoyer tjrs par photoshop dans enregistrer une copie…
Je ne comprends pas cette différence de colorimétrie…
As tu une explication ?
Cordialement
Geneviève Mestre
Bonjour Geneviève,
C’est très probablement une question de différence de calibrage de tes écrans Ces questions sont abordées dans un chapitre dédié, à venir dans pas longtemps, patience 🙂