
Quand faut-il utiliser la technique de focus stacking ?
En photo de paysage, on peut avoir envie d’une photo qui soit nette du premier plan (fleurs, rochers…) jusqu’à l’horizon. Même en se réglant à l’hyperfocale de l’objectif, cela n’est pas toujours possible à obtenir en une seule prise de vue.
Fermer le diaphragme augmente la profondeur de champ comme le montre le triangle d’exposition mais les objectifs ne sont jamais à leur meilleur piqué quand on ferme au maximum et on recommande en général de rester en deçà de f/16.
Cette problématique est encore plus présente en proxi ou macro photographie.

Je voudrais avoir une photo avec toutes les orchidées nettes. Impossible de réaliser cela avec une seule photo, même en fermant au maximum le diaphragme pour augmenter la profondeur de champ. La photo ci-contre est prise avec un objectif macro (65mm APS-C, équivalent 97mm full frame) à f/22 et malgré cela, seule l’orchidée au premier plan est nette.
En macro on est très près du sujet, souvent à quelques centimètres seulement. À cette distance, la profondeur de champ devient extrêmement mince, parfois de l’ordre de quelques millimètres, voire moins, surtout si le diaphragme est assez ouvert.
C’est lié à la manière dont les rayons lumineux convergent vers le capteur après avoir traversé l’objectif.
Quand on photographie un sujet proche, les rayons lumineux provenant des différentes parties du sujet traversent l’objectif et arrivent sur le capteur avec des angles très différents. Dès qu’un élément s’éloigne un peu du plan de mise au point, il forme une tache floue plus grande sur le capteur.
À l’inverse, quand le sujet est loin, les rayons arrivent presque parallèles les uns aux autres. Donc, même si un élément est légèrement devant ou derrière le plan de mise au point, il forme une tache floue plus petite sur le capteur. L’œil (ou le capteur) perçoit alors une plus grande zone comme étant « acceptablement nette ».
La technique de focus stacking permet contourner ce problème pour avoir une photo nette du premier plan à l’arrière plan.
Suivant le sujet, il peut être nécessaire de prendre quelques clichés (2 à 10) ou beaucoup beaucoup plus.
Dans ce premier tuto nous verrons comment faire quand peu de photos sont nécessaires. Photoshop est tout à fait adapté quand il s’agit d’empiler quelques photos. Au delà, même avec une bonne machine, ce n’est pas le cas.
Première étape : la prise de vue
Ce que l’on cherche à obtenir c’est une série de photos.
Chaque photo comporte une zone bien nette et le reste plus ou moins flou. Les zones nettes des différentes photos doivent après assemblage couvrir l’entièreté de la zone d’intérêt.
Pour obtenir cette série de photos, il y a différentes méthodes.
Beaucoup de boitiers récents ont une fonction qui permet de faire du focus stacking de façon automatique. Il faut pour cela que la mise au point de l’objectif soit pilotée par le boitier, autrement dit que ce ne soit pas un objectif manuel. On indique où se situe le premier plan, l’arrière plan et le nombre de photos à réaliser et le boitier prend les clichés en série en décalant la mise au point. Cependant, à l’usage, je ne suis pas convaincue par cette fonction qui génère souvent ou trop ou trop peu de photos, et je préfère en général travailler manuellement.
Idéalement il faut disposer d’un pied photo, et si possible d’un rail macro dont le fonctionnement est expliqué dans cet article. Parfois on n’a ni l’un ni l’autre sous la main (ça finit par être lourd dans un sac de rando !) mais on peut s’en sortir avec cette méthode simplifiée.
Pour cet exemple, j’ai travaillé au plus simple vu que c’est plus de la proxi que de la macro photo. J’ai donc juste utilisé un pied et fais les prises de vue manuellement.
S’il y avait eu du vent, cela aurait sérieusement compliqué la suite du traitement : plus le sujet est proche, plus les effets du vent se font sentir et compliquent l’assemblage.
Pour photographier mon groupe d’orchidées, j’ai pris 5 photos ici à f/5.6 en faisant le point sur différentes zones d’intérêt.

Assemblage dans photoshop
Dans lightroom, je sélectionne les 5 photos, dans le module développement je coche la case synchroniser en bas et j’effectue les réglages nécessaires. Puis toujours avec les 5 photos sélectionnées clic droit > modifier dans > ouvrir en tant que calques dans photoshop. Il est important de noter ici qu’on ne peut pas les ouvrir en tant qu’objet dynamique, et donc pas revenir sur les réglages des raw par la suite.

Dans photoshop les 5 calques se retrouvent empilés dans un même document. On les sélectionne tous les 5 > menu édition > alignement automatique des calques > automatique.
Ensuite, toujours dans le menu édition, > fusion automatique des calques

Photoshop cherche sur chaque calque quelles sont les zones nettes. Il crée un masque pour chaque photo : les zones blanches correspondent aux zones nettes qui seront conservées pour construire l’image finale, les zones noires sont masquées car elles correspondent aux parties ploues de l’image.
Après recadrage pour supprimer les zones qui ne sont conservées dans aucune photo par photoshop, on obtient le composite suivant qui peut bien entendu être encore travaillé dans photoshop pour supprimer les éléments gênants.

On obtient l’image finale ci-contre dans laquelle toutes les orchidées sont nettes.
La limite de cette méthode c’est que les calques doivent être chargés tous en même temps dans photoshop. Quand il y en a beaucoup, les capacités de calcul de PS sont vite saturées.
Par ailleurs, la correction des erreurs d’alignement est complexe avec photoshop. Des outils dédiés, comme Helicon focus sont plus puissants pour traiter de grandes séries d’images ou lorsque les conditions de prise de vue sont plus difficiles (vent)
La même série avec Helicon Focus est traitée en quelques secondes, sans avoir besoin de charger les photos dans LR puis PS comme décrit en détail dans cet article.
Bonjour, quel décalage/ incrément utilisez-vous?
Bonjour,
Il n’y a pas de règle, tout dépend du sujet et de la distance entre l’objectif et le sujet. Si vous faites du focus stacking sur un paysage, le fond est à l’infini, le premier plan peut être à 1m par exemple. Sur une macro la différence entre le premier plan et l’arrière plan peut n’être que de 1cm. Sur le sujet présenté dans cet article, on vérifie facilement à la prise de vue qu’on a une photo nette de chaque orchidée. Quand on a un doute, on ajoute quelques prises de vues.