HDR est un terme qui porte à confusion car si c’est toujours l’abréviation de High Dynamic Range en anglais, que l’on peut traduire par plage dynamique étendue, ce terme recouvre deux choses bien différentes : un mode d’affichage sur écran d’une part et la fusion de plusieurs expositions pour rendre toute la plage de luminosité d’une scène très contrastée d’autre part.
Fusion HDR de photos
Lorsque la dynamique d’une scène est très grande, c’est à dire quand une scène contient à la fois des zones très sombres et des zones très lumineuses, comme lors d’un coucher de soleil, il n’est souvent pas possible d’avoir sur une seule photo une exposition correcte pour tout ce spectre (range en anglais). La solution dans ce cas c’est de réaliser un bracketing d’exposition comme ci-dessous. La première photo est prise sans correction d’exposition. Les zones autour du soleil et le reflet dans l’eau sont surexposés. La photo du milieu a été sous exposée de -1.33 EV, le soleil reste surexposé (il le sera TOUJOURS !) mais le reflet ne l’est plus et la zone autour de lui contient des détails. La photo de droite est surexposée de +1.33 ce qui permet de récupérer des nuances dans les zones sombres du marais salant de Lanzarote.




On peut combiner ces 3 photos pour obtenir le cliché ci-dessus qui contient à la fois des détails dans les zones sombres et dans les zones les plus claires. Cette fusion peut se faire « manuellement » à l’aide de masques de luminosité dans photoshop, ou automatiquement comme ici, dans photoshop ou dans lightroom notamment, avec ce qu’on appelle la « fusion HDR » . Lorsque cette technique a été inventée, elle avait très mauvaise réputation car les tons sombres étaient trop éclaircis, les clairs trop assombris et le résultat était plat et pas du tout naturel.
Ces traitements se sont grandement améliorés et la fusion HDR est incontournable dans de nombreuses situations.
Affichage HDR
Un affichage HDR (High Dynamic Range) est une technologie d’affichage qui permet d’afficher des niveaux de luminosité beaucoup plus élevés et des noirs plus profonds que les écrans SDR (Standard Dynamic Range) traditionnels. Il existe plusieurs standards HDR, chacun doté de ses propres spécifications et capacités.
Les écrans HDR utilisent une gamme de couleurs plus large, souvent appelée WCG (Wide Color Gamut), ce qui se traduit par des images plus réalistes et immersives.
La luminosité d’un écran est mesurée en nits (candelas par mètre carré).
Celle d’un écran standard SDR (Standard Dynamic Range) varie entre 200 et 300 nits.
Un écran HDR peut aller de 600 à 1000 nits, voire jusqu’à 4000 nits pour des modèles haut de gamme.
La qualité HDR dépend des capacités matérielles de l’écran et de la compatibilité avec les standards HDR.
Les capteurs de nos boîtiers ont une dynamique d’environ 14 stops maximum aujourd’hui (2025). La dynamique des écrans SDR n’est que de 6 à 8 stops 😒 alors que les écrans HDR offrent une dynamique qui va jusqu’à 12 stops ou plus. Rappelons que 1 stop (ou diaph ou EV ou IL… ) correspond à un doublement de la plage de luminosité. Passer de 8 à 12 stops c’est étendre 16 fois cette plage, ce qui fait donc une très grosse différence !
Lightroom et photoshop / camera raw permettent maintenant de développer une photo et l’exporter dans un format qui tire partie de cet affichage HDR. On peut développer une photo résultant d’une fusion HDR, mais également, et c’est très intéressant, une photo unique qui semble surexposée. Même des photos en jpeg peuvent être récupérées (dans une certaine mesure).
Mais pour profiter de l’affichage HDR, il y a trois conditions impératives :
– Un contenu HDR
– Un écran HDR
– Un navigateur HDR
Et même avec tout ça, on peut par exemple voir une photo HDR sur Instagram, mais pas sur facebook ! (en 2025)
Formats de photo suppotant le mode HDR
On ne parlera pas ici des jeux, des films et des vidéos qui sont de plus en plus souvent optimisés pour être vus sur des écrans HDR. Mais dans le domaine de la photo, les choses bougent !
Dans lightroom ou Camera raw

Par définition, les fichiers raw (ou DNG qui est un format raw) exploitent complètement la capacité du capteur du boitier. Donc ils sont « compatibles HDR ».Par défaut lightroom et camera raw affichent les photos en « mode SDR », c’est à dire qu’ils écrêtent les tons clairs d’une iimage pour que tous les tons « tiennent » dans la dynamique d’un écran standard.
En mode développement, si on active le bouton HDR, l’histogramme s’étend vers la droite et montre 4 nouvelles zones qui correspondent à 4 « niveaux » de HDR.
Ce qui est dans ce cadre rouge ci contre correspond au tons les plus cairs qui en mode SDR sont « ramenés » (écrêtés) dans la zone SDR. Cela peut créer un pic à droite qui touche le bord de l’histogramme, faisant croire, à tort, que les blancs sont cramés alors qu’en réalité le capteur a enregistré des nuances dans ces hautes lumières. Le mode HDR permet justement de récupérer et d’afficher ces informations !
Donc dans LRC ou ACR, il suffit de cliquer sur ce bouton pour voir la photo en HDR. On peut alors développer sa photo dans ce mode (sujet développé dans d’autres articles de ce site !).
Exporter pour le web
Sauf qu’on ne publie pas sur le web des images en format raw ou dng.
Il faut exporter les photos dans un format qui conserve la dynamique de l’image HDR, ce qui n’est pas le cas du format jpeg « standard » qui est le plus répandu aujourd’hui (et cela changera probablement).
Comme tout le monde n’a pas un écran HDR + un navigateur qui supporte ce format, il faut que l’image HDR exportée puisse être également visible dans des conditions SDR.
A ce jour il y a deux formats d’image compatibles HDR :
Le jpeg avec une carte de gain
Dans un même fichier, il y a un jpeg « classique » (SDR) et une carte de gain (tone mapping).
Cette « carte » est en fait un convertisseur mathématique des valeurs des pixels des hautes lumières.
Par défaut, c’est l’image SDR qui est affichée, et la carte de gain permet de transformer dynamiquement cette image pour la rendre compatible avec un affichage HDR. Cette carte de gain, réétale les informations de luminosité pour l’écran HDR et restaure les détails dans les hautes lumières. L’algorithme de la carte de gain « remonte » donc l’information depuis la version SDR pour optimiser l’affichage sur un écran HDR.
Les cartes de gain JPG sont rétrocompatibles avec les écrans SDR et même les navigateurs qui ne comprennent pas du tout les cartes de gain affichent tout de même l’image SDR.
Le jpeg avec carte de gain reste un format 8 bits (256 niveaux par couche RVB).
Le format AVIF
Le format AVIF (AV1 Image File Format) est un format qui, comme le jpeg, comprime les photos et en réduit considérablement le poids. Mais alors que le jpeg est en 8 bits, le format AVIF supporte nativement le le HDR 10-bit et 12-bit. Il prend en charge les espaces colorimétriques étendus comme BT.2020 (rec 2020).
La compression AVIF est très efficace, très souvent bien plus que le jpeg. Et surtout, la qualité est généralement meilleure, avec moins d’artefacts. Mais ce format n’est pas encore très répandu.
Comme le jpeg on peut inclure une carte de gain qui assure un affichage SDR si les conditions ne permettent pas un affichage HDR.

Cette photo a été développée et exportée en mode HDR depuis LRC. Il s’agit de la photo la plus exposée parmi celles utilisées pour réaliser la fusion HDR en début de cet article. Ceci illustre bien le fait qu’on peut récupérer en mode HDR des images qui semblent pourtant surexposées. C’est l’affichage en mode SDR qui écrête des hautes lumières qui contiennent pourtant bien des détails.
Le format HEIF
Le format HEIF (High Efficiency Image Format) développé initialement par Ericsson et popularisé par Apple supporte nativement le HDR. Il offre une meilleure compression que JPEG et gère des profondeurs de couleur jusqu’à 16 bits
Compatible avec iOS, macOS, mais aussi avec les versions récentes d’Android. Les fichiers HEIF utilisent généralement l’extension .HEIC.
Exporter depuis lightroom
Lightroom et ACR savent exporter en jpeg et en AVIF avec une carte de gain. Dans le module d’exportation de LRC, il faut pour cela cocher la case HDR.


Le format HEIF n’est pas disponible (pour le moment).
Exporter depuis photoshop
Pour exporter depuis photoshop, je ne saurai que trop conseiller d’utiliser l’excellent plugin Web Sharp Pro de Greg Benz, actuellement en version V6. Il ne sert pas qu’à exporter en HDR, il permet notamment d’exporter facilement pour instagram, le web ou tout format de fichier personnalisé souhaité. Mais pour exporter une image HDR c’est un must. Je prévois de faire un tuto sur ce sujet (avec l’accord de Greg) quand j’aurais mieux maîtrisé toutes les options de ce plugin !


Ces deux images proviennent du même fichier traité en HDR et exportés avec le pugin Web Shar Pro. Ce plugin permet d’ajouter (optionnel !) une étiquette HDR ou SDR qui permet de vérifier quelle version est servie par le navigateur.
La photo du haut est en HDR. Si vous voyez l’étiquette, plus elle est lumineuse, plus les capacités HDR de votre écran sont grandes. Si elle est grise c’est que votre écran ou votre navigateur ne supporte pas l’affichage HDR. Dans ce cas, vous voyez la même image que celle du bas, qui est la version SDR.
A noter : ici encore la photo traitée est celle de l’exposition +1.33 de la série utilisée pour la fusion HDR. Bien qu’elle soit affichée sur un écran SDR, le fait de la traiter en mode HDR a permis de récupérer des détails dans les hautes lumières. Donc, même avec un écran SDR, cela vaut la peine de taiter en mode HDR…
Exporter pour imprimer
L’impression est toujours limitée par ce que des pigments déposés sur un support solide sont capables de faire. On ne peut pas imprimer plus blanc que le support blanc, ni plus noir que l’encre la plus noire. Et ce gamut est déjà inférieur à celui d’un écran SDR.
Quand sur un écran SDR il y a des couleurs très lumineuses, très sombres ou très saturées, on ne peut déjà pas les imprimer correctement. Il faut passer par une copie d’épreuve ou l’on fait en sorte de ramener tous les tons dans ce que le couple imprimante – papier est capable de reproduire.
Alors il n’y a pas de miracle : une photo HDR visualisée sur un écran HDR sera encore plus difficile à reproduire fidèlement sur une imprimante ! On ne développe pas en HDR une photo que l’on souhaite imprimer. Ces photos sont destinées à être vues sur un écran HDR. Cela parait évident mais mieux vaut le préciser.
Les écrans
Ecrans d’ordinateurs
Les écrans externes d’ordinateur sont très variables en qualité. Généralement, ceux dédiés à la bureautique sont SDR, ceux dédiés à la photo sont le plus souvent compatibles HDR.
Depuis 2020 la majorité des macs sont dotés d’un écran HDR.
Sur PC c’est plus variable. Les modèles les plus récents le sont également souvent. Attention, sur PC l’affichage est par défaut en SDR. Pour activer le mode HDR il faut aller dans Paramètres > Système > Affichage > Paramètres d’affichage avancés. Si le bouton « utiliser HDR » est présent le PC est compatible HDR. Il faut pour cela bien entendu un écran HDR mais également une carte graphique qui prenne en charge ce mode.
Greg Benz consacre et tient cette page à jour sur son site une page (en anglais) consacrée au choix d’un moniteur HDR. Il y a maintenant des écrans HDR pour des prix raisonnables (enfin on reste dans le domaine de la tech et la notion de raisonnable est toute personnelle…)
Téléviseurs
Les téléviseurs récents, en particulier ceux avec des technologies comme OLED ou Mini-LED, sont généralement HDR
Les modèles haut de gamme prennent en charge des formats HDR avancés comme Dolby Vision.
Smartphones
Les smartphones récents (souvent les modèles haut de gamme) disposent d’écrans OLED ou AMOLED qui sont naturellement HDR.
Comment voir une image HDR ?
Dès que l’on veut afficher une image, il faut un « interpréteur » qui transforme un fichier numérique en image. Suivant l’application, cet interpréteur est plus ou moins limité.
Dans l’explorateur windows, jusqu’à une mise à jour très récente (janvier 2025 chez moi), les vignettes des images HDR en format AVIF n’étaient même pas visibles (juste une icone générique). Après cette mise à jour, les vignettes sont là mais … horribles ! Pour le jpeg avec carte de gain, la vignette est en SDR. J’utilise FastStone image viewer comme visionneuse rapide mais là encore (version 7.9) le format HDR n’est pas affiché.
Le mieux pour vérifier la qualité du HDR exporté depuis LRC ou ACR, c’est d’afficher l’image dans un navigateur compatible HDR. Il suffit pour cela d’ouvrir le navigateur et de faire glisser l’icone de l’image HDR sur la barre du navigateur (à côté d’un onglet ouvert). On peut aussi faire un clic droit sur l’icone de la photo et chooiir ouvrir avec > navigateur. Mais lequel ?
Navigateurs
Malheureusement, en 2025, tous les navigateurs ne sont pas capables d’interpréter les formats d’image.
Sur PC comme sur Mac, le navigateur à conseiller pour voir des images HDR, c’est chrome, ou les navigateurs basés sur chromium comme Edge, Brave, Opera, Vivaldi…..
Firefox (Mac et PC) et Safari (Mac) sont à la traine et n’affichent pas les images HDR (février 2025).
Site web
Même avec un écran HDR, une image HDr, un navigateur HDR, sur internet une image HDR peut encore s’afficher en SDR 😱😱 !
En effet tout dépend de la façon dont les photos sont mises en ligne sur une page donnée.
Le point clé c’est que l’image ne doit subir aucune modification de taille, ou de compression. Or beaucoup de sites web réduisent les images pour qu’elles s’affichent plus rapidement.
Depuis quelques mois, Instagram affiche des images en HDR ! Bon ca reste des petites images 😫 mais c’est toujours mieux que facebook qui les comprime et les réduit, détruisant la carte de gain.
Sur des sites web perso (ou pro !) il faut que le webmaster configure les images pour que celles qui sont en HDR ne soient pas automatiquement converties au format WebP, très répandu car très léger.
Mais même comme cela, certains outils d’affichage d’image (galleries, comparaison d’images) ne prennent pas en compte le format AVIF, ou bien plantent quand on utilise une image HDR… Mais cela progresse ! et plus il y aura d’utilisateurs de ces formats, plus le net s’adaptera.
Conclusion
Si aujourd’hui le JPEG, en sRVB et 8 bits est le standard des publications sur le net et les réseaux sociaux, tout ceci est en changer !
Pour ceux qui ont un écran HDR, ce serait dommage de se priver de la qualité d’affichage que l’on peut obtenir en optimisant ses photos pour ce format. Mais même si votre écran est « seulement » SDR, utiliser le bouton « HDR » dans lightroom ou Camera raw est vraiment très intéressant pour récupérer notamment des hautes lumières, voire un ciel qui semble fortement surexposé, tout en conservant les couleurs et les détails dans les tons sombres, et ceci bien mieux qu’avec un profil linéaire. Cette possibilité est illustrée dans cet article.