Avant même de commencer à développer ou à retoucher ses photos en vue d’une impression, il est essentiel de configurer correctement less logiciels. Une mauvaise gestion de l’espace colorimétrique peut ruiner la fidélité des couleurs, même avec un écran et une imprimante bien calibrés. Ce chapitre vous guide pas à pas dans les réglages de Lightroom, Photoshop et Camera Raw, pour garantir une cohérence colorimétrique optimale du développement à l’impression.
Cet article fait partie du guide « De la prise de vue à l’impression : guide des couleurs fidèles »
On ne s’intéresse ici qu’aux paramétrages qui affectent la gestion des couleurs, et donc en pratique à l’espace colorimétrique.
Lightroom classic
Dans les préférences de lightroom, vous ne trouvez nulle part où régler l’espace colorimétrique.
Le module développement est en prophoto Melissa RGB et les photos (leurs aperçus en réalité) sont dans ce mode.
Pour accélérer le processus, dans le module Bibliothèque les aperçus sont des fichiers JPEG 8 bits compressés avec perte dans Adobe RVB. C’est également le cas quand on affiche une photo dans la seconde fenêtre. En fonction de la photo, il peut donc y avoir une certaine perte des détails de l’image et des différences de couleur.
Dans les préférences de lightroom, dans l’onglet exportation, on peut en revanche choisir dans quel espace colorimétrique on envoie une photo de lightroom à photoshop. Comme conseillé par Adobe, laissez Prophoto pour préserver les détails et les couleurs de lightroom.

Photoshop
Les préférences qu’il faut régler ici ne sont pas dans le menu édition>préférences mais dans édition>couleurs.

- Pour RVB, je choisis toujours Prophoto RVB. Certains préconisent Adobe RVB98, c’est aussi faisable mais cela ne change pas grand-chose et je préfère travailler dans les mêmes espaces colorimétriques entre lightroom et photoshop.
- CMJN. En pratique on ne s’en sert pas ! ce paramètre sert à régler le profil CMJN par défaut qui s’applique quand on prévisualise une photo pour impression en mode CMJN (voir articles suivants). Mais quand on imprime proprement, on ne prend pas un profil CMJN par défaut, on prend celui du couple imprimante/papier choisi comme on le verra par la suite.
- Niveaux de gris. C’est le réglage du gamma qui définit la courbe de tonalité entre les données numériques et la luminance affichée. Il influence la répartition des tons clairs et foncés. Le prophoto est basé sur une courbe appelée « gamma 1.8 exponentiel ». Pour cette raison, certains préconisent d’utiliser la courbe la plus proche avec un gamma de 1.8 pour éviter des conversions de gamma. Cependant, Les écrans récents (notamment calibrés) sont généralement gérés en gamma 2.2 ou avec des courbes plus complexes. Et si les Mac utilisaient un gamma de 1.8 jusqu’à Mac OS X, car cela correspondait mieux aux sorties imprimées, ce n’est plus le cas depuis plus de 15 ans et ils utilisent depuis un gamma de 2.2, comme les PC le font depuis toujours. Pour cette raison, j’utilise 2.2 pour ce paramètre. Si vous avez choisi Adobe RVB98 comme espace colorimétrique c’est de toute manière 2.2 qu’il faut choisir.
- Tons directs : laissez la valeur par défaut. Ce paramètre fait référence aux couleurs d’encres spéciales, notamment Pantone, encres métalliques, fluos, … Il indique à Photoshop comment simuler l’apparence de ces encres spécifiques à l’écran. Ce n’est qu’une approximation d’affichage, pas une conversion réelle.
Dans cette fenêtre profitez en pour régler la façon dont photoshop doit gérer l’ouverture de fichiers qui n’ont pas de profil colorimétrique intégré ou un qui est différent de l’espace par défaut de photoshop.
Pourquoi garder prophoto comme espace colorimétrique, même quand on travaille une photo pour le web ?
Il ne faut pas confondre espace et profil colorimétrique.
Vous pouvez parfaitement avoir un écran qui n’affiche pas plus que le sRVB, et travailler en prophoto dans lightroom (pas le choix de toute manière !) et dans photoshop.
Même si vous voulez publier une photo sur le web, en sRVB, il faut quand même travailler en prophoto ou Adobe RVB98 dans les logiciels.
Vous pouvez basculer votre écran en mode sRVB si vous le souhaitez dans ce cas pour voir directement le rendu final, c’est pratique, mais laissez prophoto comme espace colorimétrique.
Il ne faut pas non plus utiliser le profil calibré de votre écran comme espace colorimétrique ! C’est un profil (lié à un matériel, votre écran), et pas un espace qui sert à faire des calculs de couleurs.

Prenons une analogie. En maths on apprend que les nombres sont dans des ensembles imbriqués les uns dans les autres. Il y a notamment l’espace des nombres réels, R, qui contient celui des nombres rationnels Q, qui contient lui-même les décimaux D, puis les nombres entiers positifs ou négatifs Z, qui n’ont pas de chiffre après la virgule. Enfin Z contient lui-même l’ensemble N des entiers positifs. De vraies poupées russes !
Je veux mesurer la surface d’un appartement. Je mesure les côtés de chaque pièce, je calcule la surface de chacune puis je les additionne. Si j’arrondis toutes mes mesures au mètre près (nombre entier), j’accumule les erreurs d’arrondi. Le résultat (faux !) sera très différent de celui obtenu en faisant les mesures et les calculs avec les cm, en en arrondissant seulement le résultat final si besoin.

C’est exactement le même principe en photographie. Travailler en ProPhoto, c’est un peu comme travailler avec les nombres réels. Cela permet aux ajustements successifs de couleur, contraste et saturation de conserver toute la richesse colorimétrique disponible. Chaque modification se base sur l’espace le plus large possible, évitant l’accumulation de dégradations.
Même si votre écran ne peut pas afficher toutes les nuances de l’espace prophoto (aucun écran n’en n’est capable aujourd’hui), le logiciel fait ses calculs (dégradés et autres) avec la meilleure précision possible, sans faire d’arrondi.
Choisir sRVB comme espace colorimétrique c’est comme de ne faire les calculs qu’avec des nombres entiers en accumulant les arrondis.
Ce n’est que tout à la fin du développement, quand on exporte la photo pour le web en sRVB qu’on « fait l’arrondi » en passant du prophoto au sRVB.
Camera raw
Les préférences de camera raw se règlent dans photoshop, menu édition>préférences>camera raw (tout en bas).

Camera raw et lightroom utilisent le même « moteur ». Camera raw c’est à très peu de choses près le module développement de lightroom, même si l’interface est légèrement différente (drôle d’idée…). Alors on peut être surpris de voir dans les préférences de camera raw le choix de l’espace colorimétrique !
Cela porte un peu à confusion. En fait, ce menu correspond au paramètre « d’édition externe » de lightroom. Camera raw, comme lightroom, travaille toujours en espace prophoto. Ce n’est qu’au moment de passer l’image de camera raw vers photoshop qu’il y a éventuellement un changement d’espace colorimétrique. Aucun intérêt comme on l’a vu de travailler en sRVB dans photoshop. Donc ici on laisse prophoto, et bien entendu 16 bits par couche.
📌 À retenir
- Lightroom et Camera Raw travaillent en ProPhoto RGB par défaut, mais il faut le conserver aussi dans Photoshop.
- Dans Photoshop, configurez les couleurs via
Édition > Couleurs, et adoptez un gamma 2.2 pour rester cohérent avec les écrans actuels. - Ne jamais utiliser le profil de votre écran comme espace colorimétrique dans les logiciels.
- Même si l’image est destinée au web, travaillez toujours dans un espace large (ProPhoto ou Adobe RGB), puis convertissez à la fin.
- Ces paramétrages assurent une précision maximale dans les retouches, sans perte de nuance ou saturation.
Suite …
Cette fois, on en a terminé avec les calibrages et paramétrages ! on peut enfin passer au développement de sa photo et à sa préparation en vue de son impression.