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Calibrer l’écran : obtenir un affichage fidèle

Des couleurs parfaites sur écran… mais décevantes à l’impression ? Le problème vient (presque toujours) de votre écran.

Cet article fait partie du guide « De la prise de vue à l’impression : guide des couleurs fidèles »

Pourquoi calibrer son écran ?

Si vous développez vos photos sur un écran mal calibré, trop lumineux et trop contrasté par exemple, les photos qui vous sembleront belles sur cet écran seront trop sombres et bien plus ternes sur un écran calibré ou sur un tirage papier. Et même si vous ne faites que les publier sur le web, tous ceux qui les regarderont avec un écran correctement étalonné les verront trop sombres.

Les écrans de qualité photo sont pré-étalonnés et calibrés en usine. Cependant, lorsqu’ils vieillissent des déviations se produisent. De plus il faut calibrer en fonction de son environnement propre.  Quand on est professionnel, on fait en sorte que la luminosité de son bureau ne change pas, qu’il n’y ait pas de dominante de couleur apportée par les murs (gris neutres, pas très fun). C’est rarement possible pour des amateurs !

Pour développer vos photos dans les meilleures conditions, il est fortement recommandé de travailler dans un environnement pas trop lumineux et sans lumière directe. Evitez au maximum les reflets, surtout pour les écrans des macs qui y sont sujets. Si vous devez allumer la lumière, choisissez (dans la mesure du possible !) une température de couleur type lumière du jour et surtout pas trop chaude. C’est particulièrement important si vous développez pour faire des tirages photos.

Différents types d’écrans

Il y a de nombreux types d’écrans, qui diffèrent notamment par la technologie de la dalle, le contraste, la dynamique, le gamut et la méthode de calibration.

CatégorieLuminosité (cd/m²)ContrasteGamutType de
calibration
Exemples
Bureautique standard250-300
(SDR)
de 1000:1
à
 1500:1
95-99% sRGBLogicielle
uniquement
Dell P2414H
HP 24mh
ASUS VA24EHE
Qualité photo semi-pro300-400 (SDR)de 1000:1 à
4000:1
99% sRGB
95% Adobe RGB98
90% DCI-P3
Hardware ou
Logicielle avancée
BenQ SW240
Dell U2723Q
EASUS ProArt PA248QV
Haut de gamme pro500-1000 (HDR)de 1500:1 à
5000:1
99% sRGB
99% Adobe RGB98
98% DCI-P380
85% Rec.2020
Hardware Quelques modèles avec sonde intégréeEizo ColorEdge CS2731
BenQ SW321C
ASUS ProArt PA32UC
Ultra haut
de gamme
1000-4000 (HDR, XDR))OLED :
de 100 000:1
à
1 000 000:1
Mini-LED :
5000:1 et +
100% sRGB
99%Adobe RGB
98% DCI-P3
90%+ Rec.2020
Selon le modèle, Calibration interne auto:
Eizo PROMINENCE, Sony BVM
ou Hardware : Apple Pro Display XDR
Sony BVM-HX310
Eizo ColorEdge Prominence CG3146
Apple Pro Display XDR

Les écrans OLED offrent un contraste théoriquement infini (pixels complètement éteints). La technologie Mini-LED permet d’atteindre des contrastes très élevés grâce aux zones de gradation locales.

Ecrans standards

Les écrans d’entrée de gamme, parfaits pour la bureautique et la navigation web, ont un gamut restreint, souvent limité au sRGB, voire moins, ce qui est une limite importante pour un usage photo. Leur uniformité est …variable.

Ces écrans grand public privilégient souvent des couleurs saturées et un contraste élevé pour un rendu « attractif » plutôt que fidèle. Leurs réglages d’usine visent à impressionner l’œil plutôt qu’à reproduire fidèlement les couleurs.

Moniteurs photo

Orientés photo/graphisme, ils ont en général une dalle IPS de qualité, un gamut étendu couvrant presque tout l’espace Adobe RGB et une bonne uniformité.

Écrans XDR et HDR

Certains écrans photo ont une dynamique très étendue. Ils sont dits HDR (high dynamic range), à ne pas confondre avec la fusion HDR d’expositions, ou XDR chez Apple. Le site web de Greg Benz a une rubrique dédiée à ce sujet et Greg teste régulièrement les écrans HDR mis sur le marché.

Les pics de luminosité de ces écrans peuvent atteindre 4000 cd/m², plus généralement 1000 ou 1500 ce qui permet de voir beaucoup de détails dans les hautes lumières là ou les écrans dits SDR pour standard dynamic range écrêtent les tons les plus clairs. Ces écrans reproduisent un contraste proche de la vision humaine.

Méthodes et outil de calibrage

Méthodes dépendantes du type d’écran

on distingue 3 grandes sortes d’écrans :

  • Ceux dont on ne peut essentiellement régler que la luminosité : smartphones, tablettes et certains ordinateurs portables.
  • Les écrans à calibration logicielle. On utilise une sonde de calibration que l’on place sur l’écran et qui permet d’établir son profil ICC. Ce fichier est stocké sur l’ordinateur et utilisé par la carte graphique qui ajuste les courbes de couleur pour appliquer les corrections. Les ajustements se font « par-dessus » les caractéristiques natives de l’écran, ce qui peut réduire la profondeur de couleur disponible.
  • Ecrans à calibration hardware : comme précédemment, une sonde analyse l’écran, mais les corrections sont stockées directement dans la mémoire interne de l’écran, dans une LUT (Look-Up Table) hardware et non plus dans l’ordinateur. Le signal est modifié en amont, avant qu’il n’atteigne la dalle ce qui offre une meilleure précision.  Il faut pour cela un écran compatible et le logiciel du fabricant de l’écran. On peut débrancher l’écran et le brancher sur un autre ordinateur sans perdre la calibration. Les écrans avec calibration hardware maintiennent une meilleure stabilité colorimétrique dans le temps.

    Certains écrans très haut de gamme (et très chers, plus de 4000 € !) ont un colorimètre intégré et s’auto calibrent même automatiquement la nuit. Grand luxe…

Calibration logicielle ou hardware, certains écrans photos permettent de stocker plusieurs calibrations (ex : sRGB, AdobeRGB, DCI-P3, Rec.709) et de basculer facilement de l’une à l’autre.

Quand on calibre son écran on est généralement… déçu !! On s’habitue vite à un écran très lumineux, avec des couleurs chaudes et saturées très flatteuses, ce qui est le cas fréquent des moniteurs standards. Après calibrage, on trouve souvent son écran terne, trop sombre et quand un logiciel de calibrage montre un avant/après, on trouve l’avant plus joli que l’après 😊. Mais il faut garder l’écran calibré. Et l’œil s’habitue aussi assez rapidement (un ou deux jours maxi) à ces nouvelles couleurs.

Outils de calibrage

L’œil est un très bon comparateur mais il très mauvais lorsqu’il faut évaluer une couleur ou une luminosité sans référence. Pour calibrer un écran, il est donc nécessaire d’utiliser une sonde qui se place sur l’écran pour en mesurer les caractéristiques de luminance et de colorimétrie.

Calibrage d'un écran avec une sonde

Le logiciel fait afficher à l’écran une série de couleurs dont on connaît précisément les coordonnées CIE XYZ dans l’espace L*a*b* (donc luminosité, teinte et saturation) et la sonde de calibration mesure ce qui est réellement affiché. La sonde elle-même ne peut bien entendu pas corriger l’écran. Mais elle permet de mesurer les déviations entre les valeurs attendues et mesurées.

Choisir une sonde de calibrage

Tout comme les chartes de couleurs utilisées pour calibrer les boitiers photo, les sondes de calibrage sont vendues avec leur logiciel spécifique.

Il y a de nombreux modèles de sondes, et de logiciels associés. Vous en trouverez la description sur le site d’Arnaud Frich que je vous recommande avant de faire cet achat, d’autant que ce site est très régulièrement mis à jour.

Le calibrage des écrans HDR et XDR peut être hardware ou logicielle suivant les modèles. Dans tous les cas, leur haute luminosité dépasse les capacités des sondes de calibration traditionnelles, conçues pour des écrans standards (100-400 nits). Les sondes Calibrite Display Pro HL (High Luminance) et Display Plus HL sont spécifiquement conçues pour ces écrans. Elles peuvent mesurer jusqu’à 4000 nits, contre 400-500 nits pour les sondes standards.

Les modes d’emploi de chaque sonde présentent quelques variations mais le principe reste le même. Généralement les logiciels sont assez explicites sur la marche à suivre.

Processus de calibrage

Le calibrage d’un écran avec une sonde se fait en trois phases :
– choix des paramètres
– ajustement de la luminosité de l’écran
– mesure les couleurs et création du profil ICC.

Choix des paramètres

Cela peut sembler contre intuitif de choisir les paramètres ! mais suivant que l’on règle son écran pour imprimer sur papier, ou pour visualiser les photos sur écran on peut souhaiter un écran plus ou moins lumineux.
Suivant les logiciels, les sondes et les types d’écran on peut (ou pas) régler différents paramètres :

  • Luminosité, ou plus exactement luminance : Pour préparer des impressions papiers, comme le papier est moins lumineux qu’un écran, on recommande souvent de descendre la luminance de l’écran à 80 ou 90 candélas/m² (ou nits). Plutôt 120-140 si c’est pour préparer des publications web. Si vous pouvez jongler facilement entre plusieurs profils, enregistrez-en un pour chacun de vos usages spécifiques. Sinon une valeur entre 100 et 120 est un bon compromis. Par défaut beaucoup d’écrans bureautiques sont à 250 candelas/m² voire plus ! Cela fera donc dans tous les cas un changement important. Ne surcorrigez pas, laissez vos yeux s’adapter. De plus un écran moins lumineux est plus reposant pour les yeux.
  • Température de couleur ou point blanc. La valeur de 6500K, ou D65 est sélectionnée par défaut. Pour l’impression il était d’usage de commander 5000 K (D50) mais cette valeur est assez éloignée du réglage usine (D65). Si vous imprimez sur du papier bien blanc, gardez D65, si vous préférez les papiers plus chauds, mettez plutôt 6000-6250. Si vous n’avez qu’un profil ICC, mettez D65.
  • Si vous avez le choix du gamma, mettez 2.2 en standard.
  • Pour le point noir, si vous avez le choix de ce réglage, une valeur de 0.3-0.5 est conseillée.

Ajustement de la luminance

Après avoir positionné la sonde sur l’écran et lancé le programme, il faut en premier régler la luminance avec les boutons physiques de l’écran. Si vous n’atteignez pas exactement la valeur choisie, ce n’est pas dramatique 😊.

Mesure des couleurs et création du profil ICC

Des patchs de couleur plus ou plus saturés et/ou lumineux de coordonnées L*a*b* bien définies sont ensuite envoyés à l’écran et la sonde mesure ce que celui-ci est capable d’afficher. Cette opération prend plusieurs minutes.
Le logiciel crée le profil ICC qui est stocké dans l’ordinateur (calibration logicielle) ou dans la LUT stockée dans l’écran (calibration hardware).

Quand photoshop ou autre logiciel lit dans un fichier photo les coordonnées numériques d’une couleur, les déviations de l’écran sont corrigées soit directement par la LUT de l’écran, soit par la carte graphique qui utilise le profil ICC.

Les profils ICC sont automatiquement enregistrés là où ils doivent l’être. Au besoin (et pour les sauvegarder) vous les trouvez ici :
Sur PC : C:\Windows\System32\spool\drivers\color\
sur mac : /Library/ColorSync/Profiles/

Quel intervalle de temps entre deux calibrages ?

Les écrans récents sont nettement plus stables que les anciens. Leur dérive dans le temps n’est en fait pas considérable, raison pour laquelle on peut parfaitement partager une sonde à plusieurs photographes. Tous les 3 voire 6 mois semble suffisant. Mais si vous devez faire un travail précis, par exemple des tirages grand format que vous ne voulez pas rater, alors mieux vaut recalibrer avant de vous lancer !

Que faire quand on a deux écrans ?

Calibrage d'un second écran

Les différences d’affichage entre deux écrans peuvent être importantes, surtout si l’un est un écran de qualité photo et l’autre un écran standard bureautique (ou l’écran du portable).
Les logiciels associés aux sondes de calibrage détectent la présence de plusieurs écrans et demandent lequel calibrer. Si vous avez déjà calibré votre écran photo par exemple et que voulez calibrer le second, vous pouvez choisir de le faire en restant le plus proche possible du calibrage du premier. C’est l’option que je privilégie. Mon second écran ayant un gamut plus proche du sRVB que du RVB, cela me permet aussi de vérifier facilement l’aspect d’une photo dans ces deux espaces 😊.

Solutions temporaires et économiques

Boitier, objectifs, ordinateur, écran, logiciels… La photo ça revient vite cher ! Ajouter une charte pour calibrer le boitier, plus une sonde de calibrage de l’écran, ça peut faire beaucoup…  Alors, si vous n’avez pas accès à ce matériel sous forme de prêt via un club photo par exemple, en attendant de gagner au loto, voici quelques conseils pour obtenir un écran « acceptable » avant de pouvoir investir dans une vraie calibration.

Avec Windows, on dispose d’un outil pas si mal pour régler la luminosité et les couleurs. Suivant les versions de windows son emplacement peut légèrement différer. Dans windows 11 il se trouve dans les paramètres>système>écran>gestion des couleurs. Tout en bas il y a  un cadre « étalonnage des couleurs ». Suivez les différentes étapes.

L’assistant « réglage de l’écran » de MacOS est moins détaillé et moins intuitif mais c’est mieux que de laisser les réglages par défaut.

– Des logiciels comme QuickGamma ou DisplayCAL (gratuits) proposent des mires de test pour ajuster visuellement votre écran. Plus précis que les outils système, ils restent dépendants de votre perception visuelle.
Ce site propose également des mires graduées qui vous permettent d’évaluer la qualité de votre écran.

Mais sans sonde vous ne pourrez pas réellement calibrer votre écran. En effet les déviations ne sont jamais homogènes sur toute la gamme de luminosité. Tel écran aura une dominante plutôt verte dans les tons sombres, et magenta dans les clairs, pour un autre ce sera l’inverse. Par ailleurs, si on vous dit de régler la luminance de votre écran à 110 candélas/m², sans sonde c’est impossible à faire !

📌 À retenir

Calibrer son écran est une étape incontournable pour qui veut des couleurs fidèles, que ce soit pour le web ou pour des tirages. Un écran non calibré peut transformer une photo soigneusement retouchée en une image terne ou trop sombre une fois imprimée. Même si cela demande un peu de matériel et de rigueur, le jeu en vaut la chandelle. Avec un écran correctement étalonné, vous travaillez sur une base fiable et cohérente.

Suite …

Avec un boitier et un écran calibrés, il est temps de passer au calibrage de l’imprimante… ou de sauter cette étape si on fait imprimer ses photos chez un imprimeur et de passer au paramétrage de lightroom et/ou photoshop.

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